Une première : la musique vidéoludique reconnue comme patrimoine culturel
L'exposition part d'un constat simple : plus de trois milliards de personnes jouent aux jeux vidéo dans le monde, et pour chacune d'elles, une mélodie suffit à raviver le souvenir d'une partie. Le saut de Mario, le thème de Zelda, les fanfares de Final Fantasy : ces quelques notes pixelisées sont devenues une culture populaire à part entière, au même titre qu'un tube de radio ou qu'une bande originale de cinéma.
C'est ce constat qui structure tout le projet de la Philharmonie. Conçue par la musicologue Fanny Rebillard et le journaliste Jean Zeid, l'exposition ne se contente pas de retracer une histoire technique : elle affirme que la musique de jeu vidéo appartient désormais au patrimoine, au même titre que le jazz ou la chanson. Une vingtaine de jeux jouables, cinq univers immersifs baptisés "biomes" et des centaines d'objets, d'instruments et d'œuvres d'art composent le parcours, visible jusqu'au 1er novembre 2026.

Des bips de l'Atari à l'orchestre symphonique
Le parcours s'ouvre sur les origines : la Magnavox Odyssey, première console de jeu vidéo commercialisée en 1972, qui n'émettait encore aucun son. Puis vient Pong et ses trois sonorités bricolées à travers les circuits électroniques, point de départ d'une aventure créative qui n'a cessé de s'accélérer. Des salles d'arcade californiennes des années 1980 aux capteurs de mouvement de Just Dance, chaque étape technologique a ouvert de nouvelles possibilités sonores.
Ce même mouvement se retrouve dans le secteur de la musique d'ambiance pour les commerces et l'hôtellerie : plus les outils de diffusion évoluent, plus les possibilités de créer une expérience sonore cohérente avec l'identité d'une enseigne se multiplient. Ce que la Philharmonie montre à l'échelle du jeu vidéo, les réseaux et franchises l'appliquent chaque jour à l'échelle de leurs points de vente.
L'exposition consacre également une large place à la dimension participative de la musique de jeu vidéo, à travers des installations qui montrent comment le joueur devient lui-même acteur du son qu'il entend. Une manière de rappeler que la musique, qu'elle soit jouée sur un écran ou diffusée dans un magasin, n'est jamais un simple fond sonore : elle façonne une expérience.

Une scénographie pensée comme un monde ouvert
Plutôt qu'un parcours chronologique classique, l'exposition emprunte la forme même de son sujet. Signée par l'agence La Sagna & Racine, la scénographie découpe l'espace en cinq biomes, des décors immersifs conçus avec l'artiste Mounir Ayache : une orbite peuplée de légendes, des dunes infinies, une métropole nocturne, une canopée tropicale, un volcan électrique. Chaque visiteur choisit sa progression, comme dans un jeu en monde ouvert.
Des œuvres d'artistes nourris au jeu vidéo, comme les mosaïques en pixels d'Invader ou les villes fourmillantes d'eBoy, côtoient des photographies de joueuses et de joueurs du monde entier, des salons familiaux de Lagos aux salles d'arcade américaines. Ce choix n'est pas anodin : il illustre à quel point le son et l'image participent ensemble à créer une atmosphère et un sentiment d'appartenance, qu'il s'agisse d'un jeu vidéo ou d'un lieu physique.

Pourquoi cette exposition parle aussi aux enseignes et aux franchises
Au-delà de la nostalgie qu'elle suscite, "Video Games & Music" rappelle une vérité que connaissent bien les responsables marketing et les gérants d'enseignes : le son crée un lien émotionnel durable. Un thème musical bien choisi ancre une marque dans la mémoire des clients, tout comme il ancre un jeu vidéo dans celle des joueurs. Cette logique est exactement celle qui guide la conception d'une identité sonore pour un point de vente, un hôtel ou un restaurant.
L'exposition, qui rassemble déjà un large public familial et intergénérationnel, confirme aussi une tendance de fond : la musique n'est plus perçue comme accessoire, mais comme un véritable levier d'expérience. Un constat que partagent 90 % des clients, qui déclarent préférer être accueillis en musique dans les commerces.
En consacrant une exposition entière à la musique de jeu vidéo, la Philharmonie de Paris valide une intuition que les professionnels du son connaissent depuis longtemps : une identité sonore bien pensée transforme une expérience ordinaire en souvenir durable. C'est aussi l'enjeu auquel Tshoko répond chaque jour pour ses clients du retail, de l'hôtellerie et de la restauration.
